Outre le titre racoleur, je me revois installé sur les bancs universitaires, je découvrais Durkheim et certains pères fondateurs de la sociologie… dont Karl Marx, ce célèbre philosophe allemand (légèrement) controversé. Je continuais à prendre mes notes, toujours happé par ce que je venais d’entendre ce matin là.

“L’histoire de toute société jusqu’à nos jours n’a été que l’histoire de lutte de classes”
Karl Marx

Cette phrase raisonne en moi, dans tous les sens du terme. Quelque chose me dérangeait, mais pour quelle raison au juste? Cette idée m’a amené bien plus loin dans une inertie mentale dont je ne mesurais pas l’ampleur ce matin là.

 

Marx ou l’idéologie de la domination

La thèse évoquée ci-dessus s’appuyait sur un constat évident dans la nature des rapports sur lesquels notre société s’était construite. Cette idéologie mettant en scène de manière plus ou moins ouverte une lutte ininterrompue à travers les âges. De l’antiquité entre les maîtres et les esclaves, praticiens et plébéiens, barons et serfs, maîtres de jurande et compagnons, patrons et employés…

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Toutes révolutions finit par une transformation de la société, par la mutation des deux classes le plus souvent.
Parce que dans “Révolution” il y a “évolution”
.

 

D’un simple constat…

N’est il pas étonnant d’utiliser ce même mot “maître” avec son chien pour définir une relation qui se voudrait, dans une logique moderne bien entendu, basée sur un lien affectif, de confiance voir même d’amitié interspécifique lorsque le mot “famille” n’est pas employé.

Je ne présume de rien, mais mon expérience sur le terrain, m’a plus souvent amené à rencontrer des personnes soucieuses du bien être psycho-émotionnel de leurs chiens, que des personnes qui considéraient l’animal-objet dans sa vision telle que Descartes l’affirmait. Où l’animal n’est qu’un ensemble de rouages composant une mécanique spécialisée, un peu comme un automate dont les comportements seraient simplement programmés. Un peu comme un ordinateur…

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Il va de soit que la place en société de nos chiens a considérablement changé à bien des égards. Même si certaines fonctions semblent similaires, par exemple l’agent de sécurité qui utilise son chien comme outil pour son travail, il en ressort une différence fondamentale aujourd’hui : le chien n’est pas un outil, il est partenaire, parfois même considéré comme collègue. Il partage la vie de famille une fois rentré à la maison et est intégré dans la vie collective. Mais encore une fois, on parlera de maître-chien…

Les mots façonnent les idées, les idées façonnent les actes, les actes bâtissent l’avenir.

 

…Vers une idée dérangeante

Ne serait-il pas plus juste, de purement et simplement retirer ce mot “maître” qui renvoie à une vision archaïque de notre propre conception historique d’une société ancienne? Mais aussi d’artéfacts qui n’ont plus leur place ici, et qui se heurtent à un non sens

Être maître de soit même, ou maîtriser une certaine compétence c’est plutôt pas mal, et même hautement valorisé, car synonyme de stabilité et d’équilibre. Mais qu’arrive t-il lorsqu’on veut contrôler l’autre? Qui rappelons-le, est doué de sa propre culture canine ainsi que d’une sensibilité qui ne peut être qu’imaginée par l’observateur.

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Est-ce que la solution pourrait passer par une forme d’autonomisation du chien? Lui accorder une forme de liberté respectueuse de nos deux cultures? Certains penseront à une utopie, d’autres resteront rêveur de cette idée. Je soulève des questions à l’heure où les détenteurs de chiens se définissent comme maître. Par satisfaction, ou abus de langage, mais aussi avec mal-aisance, je le constate, je le vois. Ce mot gêne! Où est l’alternative?

 

Work in progress…

Je n’ai aujourd’hui pas trouvé de qualificatif suffisamment proche de mes idées pour me définir vis-à-vis de mon chien en société. D’ailleurs, je dis bien “mon” chien , le possessif employé étant affectueux , ne renvoyant donc pas à une simple possession matérielle, une responsabilité à la rigueur… (faut-il vraiment se justifier de tout quand on parle de chien?)

Cela étant, un mot a retenu mon attention. Employé dans un contexte tout à fait différent de celui du chien, Serge Marquis, docteur en psychologie et spécialisé dans le stress au travail, aborde la notion d’humanitude. Il y fait référence à nos simples limites personnelles et individuelles. Une forme de lâcher prise est abordée et promue, cet état d’humanitude fait raisonner deux concepts qui me plaisent : Celui de l’humanité, ce que nous sommes sans distinction de genres, mais aussi celui de l’humilité, qualité qui me semble indispensable dans son rapport à autrui, parce que l’humilité c’est reconnaître la culture de l’autre.

 

Mea Culpa

Enfin, je réalise la lourdeur de cet article tant les concepts qui s’articulent autour de ces notions peuvent sembler déconnectés d’une vie simple avec son chien telle qu’on se la représente. Sorry about that…

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Kanellos, le chien révolutionnaire

L’objectif n’est pas de politiser le chien, ni de le sur-intellectualiser, mais de lui reconnaître sa culture tout en prenant d’avantage conscience de la nôtre. Finalement, regarder les petites choses du quotidien, que nous prenons pour acquises et que nous ne pensons pas à remettre en question tant elles sont ancrées en nous.

 

“Ne t’attaque pas au système, démode-le!”

Bernard Werber


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