chien_heureux_joel_dehasseComme l’avait mentionné l’un de mes auteurs favoris, le vétérinaire comportementaliste belge, Joël Dehasse, “Mon chien est heureux“.

S’il est commun pour nous de chercher à atteindre cet état d’accomplissement aussi abstrait et personnel qu’est le bonheur. N’y a t-il pas un soucis lorsqu’on cherche à transposer cette faculté humaine? Simplement issue d’une réflexion humaine, un concept humain, à nos chiens?

 

Et non, votre chien n’est pas heureux!

Rassurez-vous, cela ne veut pas dire qu’il soit malheureux pour autant. Ces deux notions n’étant pas intégrées dans le référentiel canin, car ne faisant pas partie de sa vie.

«Oh que si, je le vois bien quand il est content ou quand il est triste …!».

Attention, vous anthropomorphisez. Cette propension à prêter un caractère humain à ce qui ne l’est pas.
Même s’il est normal de le faire parfois, nous ne sommes que des humains après tout… Dans certaines situations, quand cela est répété et abusivement exagéré, les résultats peuvent se révéler catastrophiques.

En effet, le chien incapable de répondre aux attentes inconscientes de son humain risque de se retrouvé coupé d’une partie de sa condition. Parfois même d’être privé de son identité, le chien est stressé, voir noyé dans une confusion totale.

Des chiens heureux?

Nous marchions dans les rues de Nancy en fin de journée. Ce ne sont pas moins de 11 chiens que nous avions croisé (souvent des petits, mais pas uniquement). Ces derniers ont presque tout été “traumatisés” par des attaques d’autres chiens (selon leurs propriétaires).

  1. Certains d’entre eux montraient des signes d’une stabilité psycho-émotionnelle tout à fait dans la norme. Ils semblaient vouloir faire connaissance, les humains un peu moins…
  2. Pour les chiens qui montraient des signes de stress évidents, les humains à l’autre bout de la laisse lorsqu’ils ne les prenaient pas dans leurs bras, semblaient d’avantage paniqués encore.
  3. Les chiens sont doués d’une capacité de résilience. Cette dernière leur permet de surmonter un traumatisme, et de se réadapter face à des rencontre positives. Il dépend donc du bon vouloir de chacun d’aider le chien à se reconnecter à sa nature canine. Quand on l’aime, on le comprend lui et ses besoins.
  4. Le chien est un animal social, qui a besoin d’interactions avec ses congénère pour être bien dans sa tête. Qui prive son chien de contact (peu m’en importe les raisons), se montre incroyablement égoïste dans son rapport exclusif avec ce dernier.

Mon but n’est pas ici, de juger, j’ai d’ailleurs beaucoup d’empathie pour ces personnes désemparées quant à la compréhension du monde canin. Ce n’est pas non plus d’appuyer un regard éthologique froid, pour en amputer des émotions, dans sa dimension canine.

Mais bien de centrer l’idée que si nous partageons un monde avec ces êtres vivants, leur demander d’abandonner leur identité de chien, pour la troquer vers celle de l’Homme, est une aberration en mon sens.

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Car après tout un chien c’est un loup!

Mais un loup n’est pas un chien…

Le loup, est un animal de meute. C’est le fondement même de sa structure sociale, il vit à plusieurs, organisé selon une hiérarchie précise. Pour des raisons évidentes.
Cela lui permet d’optimiser sa chasse, de mieux protéger ses territoires, son gibier, sa descendance, finalement de mieux la perpétuer…
Dans un règne animal, ce qui compte avant tout, c’est la survie. Une réponse adaptée à des besoins physiologiques. La survie se décline par un maintient de son intégrité, mais également dans la perpétuation de l’espèce. Ce qui n’est pas sans rappeler l’Histoire de l’humanité…

Il y a 36 000 ans, l’humain se sédentarisait, le chien était à ses côtés (depuis bien plus longtemps encore cela dit).
Alors que nous avions besoins de chasser, de garder et protéger nos propriétés, nous avions à notre disposition un prédateur social doté d’un équipement sensoriel bien supérieur au nôtre. Mais aussi d’une redoutable mâchoire et d’ aptitudes physiques et psychologiques époustouflantes dont nous avons largement tiré parti.
Sans oublier, une capacité d’adaptation à son environnement, également applicable à l’Homme. Ce dernier est ici l’un des facteurs dû à l’arrivée du chien tel que nous le connaissons, probablement dû à la similarité de sa structure sociale de base…

Déjà qu’on lui refuse son rapport à la prédation, si en plus on lui refuse des rapports sociaux avec ses congénères, je vous laisse imaginer la catastrophe…

 

Des chiens et des humains heureux

S’il y avait bien une origine fonctionnelle quant au rapprochement de nos deux espèces, penser que c’est toujours le cas, et que cela définit l’ensemble de nos interactions serait beaucoup trop réducteur. Du moins, elle diffère aujourd’hui, entrant dans une dimension psychosociale voir affective. Le chien devient alors un animal de compagnie.

Sa fonction, sa place, nos attentes et le regard que nous avons vis-à-vis d’eux ne sont plus du tout les mêmes.
Et s’il est facile pour une famille d’admettre qu’un chien, n’a pas besoin de manger dans votre assiette pour être «heureux», il est bien plus difficile de ne pas l’imaginer «malheureux» lorsque celui ci se fait réprimander alors qu’on lui refuse de la nourriture. La preuve «il a le regard triste, il a faim le pauvre…». On lui prête trop facilement nos émotions humaines, alors qu’on le dépossède des siennes. Celles d’un chien, tout aussi respectables et réelles que ne le sont les vôtres.

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Des conséquences présentes

Le chien connaît vos émotions que vous ne connaissez les siennes.

En réclamant cette nourriture il procédera d’un point de vue décisionnel, à une tentative d’acquisition de cette dernière. Si votre réponse est positive à sa demande, il sera tout à fait capable de remettre en place cette même stratégie qui s’est avérée gagnant une première fois.

Par déclinaison, la “hiérarchie” telle que certains peuvent l’entendre, devient situationnelle. Il vous manipule.
En effet, dans l’univers canin, il n’y a pas ce concept de “quête du bonheur” à l’instar de son homologue bipède. En revanche la faim peu justifier les moyens dans ce cas présent.

Et toujours dans cet esprit, un chien ne conceptualise pas la notion de culpabilité. Il ne comprendra pas la famille qui lui refuse si difficilement, la nourriture convoitée. S’il estime une faille dû à un manque d’assurance, si la relation est défaillante et sa motivation suffisante. Il n’aura pas de scrupule à défier et ou voler cette nourriture. Et de son point de vue, il aura raison de le faire.

Pour conclure

Nous qui avons fortement initié, et tiré le plus grand parti de cette étroite relation (pour ne pas dire “collaboration”) avec eux. Ne serait il pas un juste retour des choses de nous concentrer sur la notion de son bien-être? Alors que nous avons de plus en plus besoin d’une compagnie.

S’il est facile d’aimer, encore faut-il le faire correctement et avec intelligence.

Alors pourquoi ne pas prendre un chien pour ce qu’il est? Un chien! Accepter ses différences et les besoins liés à son identité, la comprendre dans la mesure où nous le pouvons, puis finalement la respecter.

Quant à son bonheur, si le chien venait un jour à incorporer et maîtriser ce concept, dans un référentiel canin… Ne devrait il pas dépendre de lui même avant tout?

Cherchez le bien-être et l’équilibre de votre chien pour qu’il soit heureux (selon vous), c’est déjà pas mal.


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